Les Fonds Souverains

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Interview du président du fonds souverain français


Voici l'interview du président du Fonds Stratégique d'Investissement, Augustin de Romanet, réalisé par le Figaro Magazine. Avec une dotation de 20 milliards d'euros, Augustin de Romanet confirme ce "montant raisonnable". Cependant, avec seulement 6 milliards de liquidité, le champs d'action du fonds d'état peut s'avérer limité. Le FSI va contribuer "à structurer le financement de nos fleurons", en participant à la croissance des entreprises françaises les plus performantes.


Le Figaro Magazine - A quoi va servir le Fonds stratégique d'investissement ?

Augustin de Romanet - A aider les entreprises françaises à décoller. Le FSI est un porte-avions, pas une ligne Maginot qui viserait à protéger notre économie du monde extérieur. Le FSI contribuera à structurer le financement de nos fleurons, à assurer leur croissance et à consolider certains secteurs industriels. Nous devrons sélectionner les projets les plus porteurs d'emplois et de richesse économique. C'est ce que nous avons commencé à faire avec le groupe de sous-traitance aéronautique Daher, dans lequel le FSI investira 72 millions d'euros. Cette entreprise va ainsi pouvoir financer un programme de recherche de 250 millions d'euros qui lui permettra de maîtriser les matériaux des avions de demain.


Une menace particulière pèse-t-elle sur nos entreprises, justifiant la création de ce fonds ?

Il est certain que la crise a accentué la vulnérabilité d'un certain nombre d'entreprises. Les PME peinent à financer leur développement, et l'émiettement du capital de certains grands groupes cotés est une source d'inquiétude. La crise pénalise aussi des secteurs d'activités très dépendants des financements bancaires, comme l'automobile. Or, la France manque d'investisseurs de long terme, solides et stables. L'objectif du FSI est de contribuer à remédier à cela.


Faut-il redouter que des entreprises passent sous contrôle étranger, à l'occasion d'OPA, amicales ou non ?

L'OPA n'est pas en soi un mécanisme néfaste : beaucoup de nos entreprises ont pu se développer à l'étranger grâce à cette technique d'acquisition ! Ce qu'il faut redouter, en revanche, c'est que des centres de décision, des centres de production et des centres de recherche d'entreprises porteuses d'avenir ne soient démantelés par des prédateurs domestiques, voire ne quittent notre pays à l'occasion de prises de contrôle - non sollicitées - par des investisseurs étrangers. Cela fait partie des missions du FSI que de stabiliser le capital d'entreprises importantes pour notre pays.


Quelles seront ces entreprises stratégiques ?

Comme l'a rappelé le président de la République dans son discours de Montrichard (1), les entreprises stratégiques sont celles détenant des compétences, des technologies et des emplois irremplaçables sur le territoire national. Je pense par exemple au savoir-faire des ingénieurs, techniciens et ouvriers hautement qualifiés des Chantiers de l'Atlantique (2). Nous avons la chance d'avoir chez nous les meilleurs constructeurs de paquebots au monde. Leur ancrage doit demeurer à Saint- Nazaire ! Le FSI aura trois cibles : les PME de croissance, innovantes, qu'il financera en fonds propres, en particulier via France Investissement ; celles de taille intermédiaire, cotées ou non, avec un fort potentiel de développement en France et à l'étranger ; et, enfin, les grandes entreprises performantes, dont il veillera à stabiliser l'action nariat afin, en particulier, que leur destin ne bascule pas à l'occasion de la baisse de leur valeur boursière.


Avec 20 milliards d'euros, le FSI n'est-il pas un « nain » en comparaison des grands fonds souverains de la planète ?

Non. Le Fonds stratégique d'investissement n'est pas sous-dimensionné. Comme l'a confirmé Mme Christine Lagarde, le FSI est doté d'un « montant raisonnable » correspondant aux besoins identifiés et aux liquidités mobilisables par l'Etat et la Caisse des dépôts. Ce fonds se classera parmi les 20 premiers investisseurs de long terme du monde. Sur ses 20 milliards d'euros de dotation, le FSI disposera de 6 milliards de liquidités. Il aura donc une capacité d'action immédiate lui permettant, par exemple, de réaliser l'équivalent de 80 investissements comme celui annoncé chez Daher ; ou encore 12 opérations de l'envergure du sauvetage d'Alstom, en 2004 ! Notre objectif est de prouver que nous sommes capables d'utiliser intelligemment ce formidable outil, inédit en France. Avec le FSI, c'est la première fois que l'on réunit au sein d'un même conseil d'administration des représentants de l'Etat, de la Caisse des dépôts et des personnalités issues du secteur privé pour mener une politique d'investissement active animée par une vision industrielle.


Au cours des derniers mois, vous avez rencontré les représentants de plusieurs fonds souverains étrangers. Pourquoi ?

Parce que nous aurons besoin d'eux pour financer la croissance économique de demain. Nous avons rencontré une quarantaine d'investisseurs de long terme, fonds souverains ou fonds de pension d'Europe du Nord. Ce sont des investisseurs rationnels et professionnels avec lesquels il est souhaitable de nouer des relations sur une longue durée et que l'on aurait tort de diaboliser. Une nouvelle géographie des réserves financières se dessine aujourd'hui, conduisant à une accumulation exceptionnelle de réserves dans les pays exportateurs de matières premières. Les fonds souverains gèrent aujourd'hui 3 000 milliards de dollars. Cette somme pourrait tripler d'ici à 2015. Le défi des années à venir est de créer de nouveaux canaux permettant aux pays détenteurs de ces réserves de financer plus directement les besoins en fonds propres des économies occidentales. La compétition sera vive pour les attirer vers l'Europe, et plus particulièrement vers la France. Le FSI pourra proposer à des investisseurs de long terme partageant ses doctrines de co-investir dans des entreprises.


La Caisse des dépôts a-t-elle les moyens d'assumer la mission que lui confie l'Etat sans mettre en péril son équilibre financier ?

Oui. Avec Michel Bouvard (3), président de la commission de surveillance de la Caisse des dépôts, je n'aurais pas accepté cette mission si elle avait remis en cause notre modèle économique. Bien sûr, les comptes 2008 de la Caisse des dépôts - en dehors du Livret A, géré séparément et sécurisé - seront affectés par la baisse des marchés boursiers. Ce sera notamment la conséquence des normes comptables IFRS, qui contraignent à enregistrer en pertes des moins-values, sans doute transitoires, sur des titres non vendus ! Mais cela n'a strictement rien à voir avec la création du FSI. La création de ce fonds est une marque de confiance des pouvoirs publics et une très belle opération pour la Caisse des dépôts, qui va ainsi amplifier et démultiplier son rôle d'investisseur de long terme

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